Chavirer de bord
LETTRE OUVERTE AU PUBLIC : les dessous du festival d’Avignon
Faire ou ne pas faire le Festival d’Avignon, telle est toujours la question, car ce festival devenu supermarché de la culture, nous met en tenailles entre nos valeurs, et cette réalité où pour qu’un spectacle vive, il faut qu’il soit vu… Pour qu’il soit vu, il faut qu’il soit joué.
Or, les séries de représentations n’existent plus. On joue 1 fois, 2 fois, 3 fois lors des saisons théâtrales, et les programmatrices et programmateurs ne viennent pas (ou si peu), et cette question lancinante: “Vous faites Avignon?”
Alors oui, on fait Avignon! Et on prend des risques, portés par les seules compagnies.
Les théâtres avignonnais demandent aux compagnies de payer leurs créneaux de représentation (environ 150€ le fauteuil) soit pour une salle de 80 places, environ 12 000€.
Et dans les “théâtres en vue”, cela peut aller jusqu’à plus de 20 000€ le créneau de 2h, à quoi il faut rajouter tout le reste (cf. répartition budget)!
La Compagnie des passages a la chance d’être accueillie au Théâtre de l’Entrepôt (lieu de théâtre permanent et lieu de la Cie mises en scène), dans un dispositif régional (les Rendez-vous de l’Entrepôt), et nous ne payons pas le créneau sur ces 6 représentations.
Nos compagnies font partie du service public de la culture. Nous n’allons pas exposer ici, nos écarts de réalités avec les producteurs privés, qui sont au fil des ans de plus en plus présents au Festival d’Avignon. Leur force de frappe n’est pourtant pas du tout la même que la nôtre, (nombres de personnes employées dans les structures, publicités, communication assurée dans les médias les plus suivis, relais en tous genres) ! Comme dans d’autres secteurs, c’est un peu David contre Goliath, et pourtant cela est totalement invisible pour le public. Votre expérience de spectateur en est déjà modifiée…. Et une telle dynamique, à terme, vient appauvrir nettement la diversité des propositions.
Nous avions envie de vous partager un extrait de la Tribune (Le Monde) du sociologue Alain Chenevez, qui exprime ce que nous pensons d’une très belle manière.
Extraits de la Tribune publiée le 3 juin 2026 et intitulée “obliger la culture à se défendre sur le terrain de la performance, c’est oublier sa propre valeur”.
Alain Chenevez, sociologue, défend le besoin d’une politique de la création exigeante, mais qui ne doit pas s’excuser de ne pas être rentable.
[…] Face aux coupes budgétaires des collectivités et à la précarité des artistes, la réponse habituelle reste comptable. Mais la crise actuelle n’est pas simplement une affaire de moyens, c’est une crise de justification.
[…] La culture ne vaut pas parce qu’elle produit de la richesse mesurable. Elle vaut parce qu’elle produit de l’attention, de la mémoire, de la dispute, du trouble, du festif, de la rencontre et du commun. Elle vaut aussi quand elle dérange, une culture qui ne déçoit jamais personne est une culture qui a renoncé à quelque chose d’essentiel.”
Résidence de création du 19 au 26 janvier au Théâtre des Carmes, Avignon
Première : Le 27 janvier 2026 au Théâtre des Carmes à 20h (Avignon, 84)
Dans le cadre du Fest’hiver
Représentations : 11,12 et 13 février 2026 à La Criée (Marseille, 13)
Représentations : du 16 au 21 juillet 2026 à 20h50 au Théâtre de l’Entrepôt / Rendez-vous de l’Entrepôt,
au 1 ter, boulevard Champfleury (Avignon, 84)